Le Maître du kabuki, Sang-il Lee

Nagasaki, 1964 – A la mort de son père, chef d’un gang de yakuzas, Kikuo, 14 ans, est confié à un célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke, le fils unique de ce dernier, il décide de se consacrer à ce théâtre traditionnel. Le film suit l’amitié puis la concurrence entre Kikuo et Shunsuke sur plusieurs décennies, chacun connaissant la gloire et la chute.

Disons le tout de suite : le scénario est terriblement classique. Les frères ennemis, qui se fâchent, se jalousent puis se réconcilient, on est guère surpris par les rebondissements. Ce n’est pas grave, nous ne sommes pas vraiment là pour cela, mais plutôt pour voir la relation de ces deux personnages au Kabuki, cette discipline théâtrale japonaise créée au 17e siècle, où les acteurs au jeu spectaculaire sont grimés et où les personnages féminins sont interprétés par des hommes. Et là, nous sommes gâtés : les scènes de théâtre sont nombreuses et particulièrement réussies. Des sous-titres nous présentent l’intrigue des pièces nous permettant à nous, occidentaux ignares, de comprendre ce qu’il se passe. Les deux principaux acteurs, Ryo Yoshizawa et Ryusei Yokohama, se sont entrainés pendant un an et demi et leur performance est impressionnante. Le premier montage du film durait plus de quatre heures et si le réalisateur dit avoir eu du mal à descendre en dessous de trois heures, cela se sent uniquement par la densité de ces trois heures : aucun temps mort, on est capté par le film d’un bout à l’autre sans voir le temps passer. Le Maître du Kabuki est une formidable introduction au kabuki, visuellement superbe et remarquablement interprété. Précipitez-vous, on ne peut que regretter qu’il passe dans aussi peu de salles françaises.

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Le Studio photo de Nankin, Ao Shen

Commençons par un peu de contexte : en 1931, le Japon organise un attentat sur une ligne de train chinoise appartenant à une compagnie japonaise pour avoir un prétexte d’invasion de la Mandchourie.
6 ans plus tard, l’empereur Hiro-Hito autorise l’armée japonaise à envahir le reste du pays. Nankin, à 300 km de Shanghai, est devenue la capitale de la république de Chine gouvernée par Tchang Kaï-chek, le dirigeant nationaliste opposé au parti communiste de Mao Zedong. En décembre 1937 les troupes japonaises arrivent à Nankin et se livrent à l’horreur : des centaines de milliers de civils tués de multiples manières, des femmes de tous âges violées, une ville massivement détruite.

Ce sont ces massacres (les chinois estiment à 300000 le nombre de victimes, les japonais au mieux à 200000 quand ils ne tombent pas dans le négationnisme complet) que le Studio Photo de Nankin nous montre à travers l’histoire d’un jeune postier se faisant passer pour un employé d’un studio photo qui assiste un photographe officiel japonais afin d’échapper à la mort. Il détournera les négatifs de ces photos afin que le monde prenne connaissance de ce qu’il se passe réellement.

Sélection officielle de la Chine pour les Oscars, le film est clairement un outil de propagande. Le Japon, presque 80 ans après ces massacres, a encore beaucoup de mal à reconnaitre ce qu’il s’est passé et les divers gouvernements japonais ont au mieux distillé au compte-gouttes de légères excuses. Le film ne fait pas dans le détail et nous montre les diverses manières dont les chinois ont été tués lors de l’invasion. Si les japonais se comportent à peu près tous de manière effroyable (on a juste quelques soldats au début qui tremblent quand on leur demande de fusiller des civils), les chinois sont au contraire exemplaires : même celui qui collabore avec les occupants meurt finalement en héros. Quant à la scène patriotique à la gloire de la Chine Éternelle, où le photographe fait défiler des fresques de monuments chinois devant sa famille émue par la beauté millénaire de leur patrie, elle vaut largement les levées de drapeaux des pires blockbusters hollywoodiens.

Malgré tout, le film est globalement réussi : les moyens ont été mis dans la reconstitution de la ville assiégée et envahie, les acteurs tiennent leur rôle et la réalisation est efficace à défaut d’être remarquable. Et (malheureusement) le récit colle à l’histoire réelle : cette horreur a vraiment eu lieu et le film reste assez sobre dans sa mise en image et, malgré son côté propagandiste, permet de relater des événements assez peu connus en occident.

Pour l’anecdote, si les personnages du film sont imaginaires, il y a bien eu un studio photo à Nankin dont les employés ont détournés les négatifs pour témoigner des exactions nippones après la guerre.
Et deuxième anecdote : c’est un dirigeant nazi, John Rabe, gérant la partie internationale de Nankin non envahie par les japonais qui, horrifié par ce qu’il se passait, a sauvé la vie de plus de 200000 chinois en leur permettant d’accéder à cette zone.

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Le Temps des moissons, Huo Meng

Chronique en partie autobiographique , le Temps des moissons nous montre la vie d’un village chinois en 1991, village pas encore touché par la modernisation à marche forcée du pays lancée par le régime de Deng Xiaoping. Ici, tous les travaux agricoles sont encore effectués à la main et le premier tracteur, un engin primitif et qui a bien du mal à manœuvrer dans la boue, vient juste d’arriver. Les informations sont diffusées par le parti via des haut-parleurs installés dans le village, le contrôle des naissances est strict mais les villageois trouvent des moyens pour contourner la loi et avoir plusieurs enfants. C’est la Chine pauvre, peu équipée et sous la coupe d’un parti autoritaire qui nous est montré par Huo Meng, ce qui a valu au film une interdiction dans son pays.

Mais c’est avant tout un très beau film, rempli d’humanité, mêlant les générations, marqués par les enfants et les morts : un enterrement rempli de joie et une foule nombreuse au début, une crémation dans un lieu froid et désert à la fin marquent ainsi symboliquement le passage du temps et l’évolution de cette société.

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Top 8 cinéma 2025

Sur une quarantaine de films vus l’année dernière, peu d’œuvres vraiment marquantes. J’ai l’impression de ne pas être le seul à avoir cette impression. Le début 2026 est prometteur, on verra si l’année sera meilleure. Je les ai presque tous chroniqué sur le blog, donc suivez les liens, je ne vais pas en dire beaucoup ici 🙂

Valeur Sentimentale, Joachim Trier
Certainement mon film préféré, grâce à des actrices lumineuses et à une mise en scène parfaite.

Soundtrack to a coup d’état, Johan Grimonprez
Mélange de jazz et de politique, un film vraiment important pour la mémoire, avec un montage formidable. Le documentaire de l’année.

Une bataille après l’autre, Paul Thomas Anderson
Un film politique réussi, une photo superbe, des acteurs et actrices bien dirigés, que dire de plus ?

Prima la vita, Francesca Comencini
Une ode au cinéma italien, un message d’amour d’une fille à son père.

September & July, Ariane Labed
Du fantastique un peu horrifique, tiré du livre Sœurs de Daisy Johnson. Un film sur l’adolescence, sur la famille, mais aussi sur la perte et la résilience, admirablement servi par des actrices formidables.

Bird, Andrea Arnold

Je ne l’avais pas chroniqué, mais cet excellent film dans le sous-prolétariat anglais, sur les laissés pour compte du capitalisme bascule dans le fantastique sans crier gare.

Black Dog, Guan Hu

Toujours les laissés pour compte du système, cette fois en Chine, au bord du désert de Gobi, hanté par les chiens errants.

Kneecap, Rich Peppiatt

L’histoire hilarante et très politique du groupe de rap Nord irlandais.



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Top 12 lecture 2025

Un peu plus d’une centaine de livres lus, moins d’une dizaine en VO, et un constat clair : ce n’est pas une bonne année pour la science-fiction dont les titres qui m’ont marqué doivent se compter sur les doigts d’une main. En conséquence c’est une sélection beaucoup plus éclectique. Je vous donne ça dans l’ordre alphabétique.

Les bons voisins, Nina Allan
J’avais lu ce livre en VO à sa sortie en 2021, mais l’écriture de Nina allan est tellement riche que je l’ai relu en VF cettte année. Ce n’est pas mon livre préféré de l’autrice (le créateur de poupées est pour moi son chef-d’œuvre) mais cette histoire mystérieuse de meurtre familial est malgré tout une grande réussite, et le livre mérite amplement le succès et les éloges qu’il reçoit depuis sa parution chez les excellentes éditions Tristram.

Aatea, Anouck Faure
Un monde aquatique, des îles vivantes, des pirates : on plonge vite dans ce roman d’aventures aux cotés d’Aatea et de son bateau, on se laisse emporter par les courant d’un bout à l’autre, on est émerveillé par ce nouveau monde. Ça ne m’étonnerait pas que ce beau roman obtienne le grand prix de l’imaginaire l’année prochaine.

Les terres indomptées, Lauren Groff
Lauren Groff nous livre ici, par le biais d’un retour à la nature, un sublime récit de libération d’une femme (je pique la conclusion de ma critique). Groff lutte à sa manière, par ses livres et par sa librairie située en Floride où elle vend les livres censurées dans les bibliothèques publiques de l’état, contre la chape réactionnaire qui s’étend sur les États-Unis. Lisez ses livres, ils sont formidables.

Soeurs, Daisy Johnson
Le fantastique sombre de ce roman a été adapté au cinéma sous le titre July & September. Deux soeurs, exilées dans un village de bord de mer suite à un événement dramatique. Aussi bien le film que le livre sont très forts, je vous laisse le choix du média.

Incandescentes, Hannah Kent
Au milieu du 19e siècle, des luthériens radicaux allemands émigrent vers l’Australie pour pouvoir pratiquer tranquillement leur religion. Un récit historique qui bascule d’un coup dans le fantastique, un récit familial dans un territoire en cours de colonisation.

Yellowface, R.F. Kuang
Changement radical de ton après l’excellente fantasy de Babel : Yellowface est un récit grinçant sur le milieu éditorial américain. On rit beaucoup dans cette farce mêlant appropriation culturelle et cynisme commercial.

Searoad, UK Le guin
Dernier inédit de l’autrice américaine, Searoad nous raconte, par le biais de douze nouvelles, la vie de femmes d’une petite ville de l’Oregon sur une période de 150 ans. Ai-je besoin de vous dire que c’est très bien ?

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee
Sud des États-Unis, années trente, un homme est accusé de viol sans preuve. Cet homme est noir, la femme est blanche, donc la justice va être expéditive. C’est raconté par une enfant dont le père, avocat, va s’occuper de la défense de l’accusé, même s’il sait que la cause est désespérée. Certainement le livre qui m’a le plus touché cette année, on ne peut qu’être au bord des larmes dans certains passages.

Tovaangar, Céline Minard
Un post-apo joyeux dans un Los Angeles redevenu un espace naturel et vivant. De l’émerveillement à chaque page.

Le Château d’Otrante, Howard Walpole
Petite plongée dans les œuvres fondatrices du roman gothique cet été : le Moine de Matthew Lewis, Les Mystères du château d’Udolphe d’Ann Radcliffe et le château d’Otrante. Des romans qui s’ils portent tous les marques du gothique sont totalement dissemblables par ailleurs.
Otrante, c’est un peu le gothique version Monty Python : de l’absurde, du comique de situation, des personnages haut en couleur, ce roman n’a pas pris une ride.

Du bout des doigts, Sarah Waters
En 1862, une jeune orpheline est recrutée par un escroc pour détourner la fortune d’une jeun héritière. Roman à suspense mêlant escroqueries, trahisons, érotisme et relation lesbienne, Du bout des doigts est le genre de livre qui vous happe et qu’on lit d’une traite ou presque (750 pages en poche quand même). Il a été brillamment adapté au cinéma par un réalisateur coréen qui l’a relocalisé, mais si je vous dis le titre cela risque de vous spoiler la lecture…

Vers ma fin, Sophie White
Un roman d’horreur psychologique avec des relations familiales étranges sur une petite île. Premier titre de la nouvelle collection d’horreur Styx, c’est une lecture âpre remplie de scènes marquantes.



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Nouvelle vague, Richard Linklater.

En 1959, Jean-Luc Godard est critique aux cahiers du cinéma aux côtés, entre autres, de Truffaut, Rivette ou Rohmer. Il n’a pour l’instant réalisé qu’un court métrage et obtient de Jean de Beauregard de produire son premier film, « A bout de film », adapté d’un fait divers que lui a proposé Truffaut. Avec dans les rôles principaux le jeune Belmondo et Jean Seberg, actrice américaine et star montante, le tournage de 20 jours se déroule dans des conditions improbables : Godard ne suit aucun script et improvise chaque matin les scènes, les dialogues ne sont pas enregistrés mais doublés par la suite, décide parfois d’annuler le tournage du jour au dernier moment.

Nouvelle vague est présenté comme « l’histoire de Godard tournant « À bout de souffle », racontée dans le style et l’esprit de Godard tournant « À bout de souffle » ». On pourrait penser que c’est un film de cinéphile pour cinéphiles, que cela risque d’être un pensum impénétrable sur un cinéma qui a pu l’être par moment, mais il n’en est rien !

Linklater a rusé : il a détourné une machine temporelle et est retourné en 1959 pour réaliser un documentaire. Tout dans Nouvelle Vague sonne vrai : l’utilisation du noir & blanc bien sûr, les décors, l’ambiance, les acteurs et actrices (on reconnait du premier coup d’œil Belmondo, Seberg, Godard, Truffaut, Chabrol… On ne voit pas un film sur un tournage, on est projeté sur le tournage du film et on y assiste en direct. Le casting composé d’acteurs inconnus (en tout cas de moi) donne un effet de réel absolument saisissant. Linklater a été accompagné pour le scénario et le tournage par Michèle Halberstadt qui a travaillé avec Godard et dont on peut lire une interview à propos de Nouvelle vague sur le site du CNC.

Enfin le film est extrêmement drôle : la façon de tourner de Godard est nouvelle et désarçonne tout le monde : aussi bien les acteurs que l’équipe technique, et on rit avec eux à de multiples reprises. On a une seule envie en ressortant de la salle : voir ou revoir A bout de souffle pour le confronter à ce qu’on vient de voir. Merci Richard Linklater pour cette merveille.

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On Falling, Laura Carreira

Aurora, jeune portugaise immigrée en Écosse, travaille comme préparatrice de commande dans un entrepôt. Elle vit en coloc avec d’autres immigré·es et a peu d’activités en dehors de son travail.

Premier film de Laura Carreira, réalisatrice portugaise, On Falling est produit par Sixteen Films, la société de Ken Loach. On est donc guère surpris par le contenu social de l’œuvre, qui s’intéresse aussi bien à l’aliénation de ce travail qu’aux conséquences de la solitude sur ces travailleurs. Ce travail avec son organisation absurde (« les articles sont dans le désordre, cela transforme le travail en une chasse au trésor » lâche une contremaître), ses réunions de motivation effroyables, ses primes ridicules (« tu es parmi les meilleures cette semaine, viens prendre une barre de chocolat gratuite ! ») et cette vie vécue au travers d’un smartphone pendant le temps de loisir sont parfaitement rendus par une réalisation s’attardant sur l’ennui et la répétition, jusqu’à deux belles scènes finales : un terrible entretien d’embauche où Aurora touche le vide de sa vie, mais aussi une scène de joie collective quand l’entrepôt est touché par une panne et que les salariés se retrouvent pour jouer avec un ballon. Joana Santos est parfaite dans le rôle de cette jeune fille perdue dans sa solitude, mal à l’aise socialement dans ce pays étranger, rêvant juste d’un meilleur travail et de meilleures amitiés.

Sorti il y a tout juste une semaine, On Falling passe injustement dans très peu de salles ; ne passez pas à côté !

(et vous pouvez écouter cet épisode du podcast Une Invention sans avenir qui en parle bien mieux que moi)

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soundtrack to a coup d’état, Johan Grimonprez

Début 1960, les congolais demandent leur indépendance et se rendent à Bruxelles, chez le colonisateur, pour négocier celle-ci. Le Congo est en effet une possession belge ; propriété personnelle du roi Léopold II de 1885 à 1908 qui le légua ensuite à l’état belge, le Congo est une colonie commerciale où sont exploités le caoutchouc et les ressources minières. L’indépendance est officielle le 30 juin 1960, son nouveau premier ministre, architecte de l’indépendance, est Patrice Lumumba, dirigeant du mouvement national Congolais et vainqueur des élections en mai 1960. Mais, évidemment, le colonisateur fait un coup tordu 3 jours avant l’indépendance en privatisant l’Union minière du Haut Katanga, l’entreprise exploitant les principales richesses du pays et ayant fourni aux États-Unis l’uranium nécessaire à la bombe atomique. Dès lors, la Belgique et les USA feront tout pour faire tomber Lumumba et le remplacer par un dirigeant plus conforme à leurs intérêts. Lumuba et deux de ses partisans seront capturés, torturés et assassinés par des katangais et des belges en janvier 1961.

Soundtrack to a coup d’état raconte tout cela et bien plus encore. L’espoir des congolais, les magouilles des américains et des belges, l’horreur de la guerre qu’ils déclencheront sont documentés par des archives incroyables : des images de l’époque, aussi bien en Belgique qu’au Congo, des interviews des intervenants des différents camps, notamment des responsables de la CIA, des mercenaires, mais aussi Nikita Khrouchtchev ou Fidel Castro, entrecoupés de séquences musicales des musiciens et musiciennes de jazz noirs : Nina Simone, Max Roach, Dizzy Gillespie, John Coltrane, Louis Armstrong… Car ces musiciens étaient utilisés par le département d’état américain (l’équivalent de notre ministère des affaires étrangères) comme outil de soft power, envoyé en tournée dans les pays africains, avec notamment un passage d’Armstrong au Congo en octobre 1960, donc en plein milieu des manœuvres de services secrets occidentaux pour éliminer Lumumba.

Des archives impressionnantes (l’interview du directeur de la CIA expliquant qu’ils n’interviennent nulle part et n’organisent jamais de coup d’état est assez gratinée), un montage impeccable, une bande son exceptionnelle, une clarté dans le déroulement des événements, ce documentaire est un modèle du genre, et s’il nous raconte des événements de 1960 il n’est pas difficile de faire des parallèles avec la situation internationale actuelle. A voir absolument.

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Une bataille après l’autre, Paul Thomas Anderson

Membres d’un groupe révolutionnaire d’extrême-gauche, Perfidia et Bob s’attaquent entre autres aux centres de rétention pour libérer des migrants. Mais lorsque Perfidia est capturée par les forces de l’ordre et particulièrement par Locklaw, un militaire fou et amoureux de Perfidia, celle-ci dénonce ces camarades et la plupart des membres du groupe sont arrêtés ou éliminés. Bob parvient à s’échapper avec Willa, le bébé qu’il a conçu avec Perfidia et vit à la marge au fin fond des US. 16 ans après, Locklaw retrouve la trace de Bob et veut récupérer Willa dont il s’attribue la paternité.

Un film de Paul Thomas Anderson tiré d’un roman de Thomas Pynchon (« Vineland »), voilà qui était alléchant, et le film tient toutes ses promesses : cette histoire de révolutionnaires poursuivis par un militaire fou (Sean Penn est absolument incroyable) est prenante d’un bout à l’autre. De la première scène et son attaque d’un camp de rétention (difficile de trouver une image plus actuelle) jusqu’au chassé-croisé en voitures dans une région désertique, tout fonctionne parfaitement, notamment grâce à un casting impeccable. Di Caprio, dont la prestation dans Killers of the Flower Moon était pitoyable, est ici particulièrement convaincant dans ce rôle de gauchiste un peu demeuré et paranoïaque mais très amoureux de sa fille ; Teyana Taylor et Chase Infinity sont tout aussi remarquables. Ajoutons une photo superbe (notamment dans la région désertique de la fin), une mise en scène très chorégraphique, une bande originale qui colle à l’ambiance et une grande dose d’humour (un groupuscule fasciste particulièrement ridicule sert de réceptacle à cet humour) et on comprendra l’enthousiasme que ce film a déclenché chez votre chroniqueur.

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Faustus in africa, Handspring puppet company/william Kentridge

Faustus in Africa est une adaptation du mythe de Faust par une copmagnie sud-africaine de théatre mélant acteurs, actrice et marionnettes à taille réelle. Je ne vous rappellerai pas ce qu’est le mythe de Faust, cette adaptation l’utilise pour rappeler l’histoire récente des pays africains. de la colonisation et l’exploitation des ressources naturelles jusqu’à la mise en place de dictateurs, cette pièce créée en 1995, soit juste après la fin de l’apartheid, évoque une partie des conflits ayant traversé le continent.
Ma mise en scène est brillante : dans un décor de bureau, les marionnettistes qui ne se cachent pas sont aussi acteurs et actrices, font évoluer les personnages, mais aussi des animaux, comme dans du théâtre classique, et on oublie facilement qu’il y a des marionnettes parmi les acteurs. S’ajoute un écran au fond projetant des animations illustrant les événements évoqués.

Le texte, les acteurs et actrices, les marionnettes : tout est remarquable dans cette pièce. Il y a encore quelques représentations la semaine prochaine au théâtre de la ville. Dernier point : la pièce est en anglais avec surtitrage, c’est très facile à suivre.

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