L’Empereur de la joie, Ocean Vuong

Traduction d’Hélène Cohen.

Hai, 19 ans, décide de se jeter d’un pont. il se considère comme un loser : sa première tentative d’étude universitaire a échoué, il est revenu chez sa mère après quelques semaines. Puis il est reparti, prétextant une entrée en fac de médecine à Boston, alors qu’il n’a rien. Mais, alors qu’il allait sauter, Grazina, une octogénaire d’origine lituanienne, l’appelle et l’héberge dans sa maison située en bas du pont. Grazina ne va pas bien non plus : elle commence à perdre la tête, hantée par son enfance pendant la guerre, par les nazis, par l’avancée soviétique. Hai n’a plus grand chose à perdre, aussi il reste chez elle, s’occupant de lui faire prendre ses médicament, et trouvant un travail au fast-food local grâce à son cousin Sony, atteint de trouble mentaux et dont la mère est en prison. C’est une amitié hors-norme qui se noue alors entre ces gens qui ont tous une histoire ou un présent rempli de galères.

Le premier roman de Ocean Vuong, Un bref instant de splendeur, était en partie autobiographique. L’Empereur de la joie contient aussi beaucoup de l’auteur : Hai, d’origine vietnamienne, a du mal à assumer son origine, sa famille et sa sexualité. Quant à Grazina, la dédicace finale montre que le personnage n’a certainement pas été créé de toute pièce. Si le roman se déroule dans le milieu des laissés pour compte de l’Amérique, on est loin de l’affichage du misérabilisme à la Donald Ray Pollock ; c’est au contraire l’amitié et la solidarité entre ses personnages que Vuong développe. Alternant les scènes fortes émotionnellement avec d’autres plus légères (Hai et Grazina simulant la deuxième guerre mondiale !), l’auteur nous partage ces vies décalées ou meurtries en évitant tout pathos. L’empereur de la joie n’est certes pas aussi direct/intime qu’Un bref instant de splendeur, mais il n’en est pas moins un excellent roman.

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La condition de l’homme (Ningen no jōken), Masaki Kobayashi

La condition de l’homme est une trilogie sortie entre 1959 et 1961. C’est, pour la résumer succinctement, la vie d’un japonais aux convictions socialistes, superviseur d’une mine en Mandchourie occupée puis militaire face à l’avancée soviétique pendant la deuxième guerre mondiale.

Adapté d’un roman en partie autobiographique de Junpei Gomikawa en six parties, La Conditions de l’homme suit le même découpage, chaque film (de 3 heures environ) étant composée de deux parties pour un total de presque 10 heures.

Il n’y a pas de plus grand amour

Kaji (joué par Tatsuya Nakadai) est un jeune homme idéaliste et un peu naïf. Afin d’échapper à la conscription, il va travailler dans une mine en Mandchourie, ce qui peut peut-être lui donner une dispense militaire. Il se marie avec Michiko (Mishiyo Aratama) pour que celle-ci puisse l’accompagner. Il découvre alors les conditions de travail dans la mine : des ouvriers chinois surexploités pour atteindre des quotas de production imposés par la guerre, des prisonniers utilisés de force, traités avec violence par l’encadrement japonais. Coups, privation, absence de soin, la mine est plus proche d’un univers carcéral que d’un lieu de travail. Kaji se rebelle contre ces conditions et est rapidement considéré comme un rouge, jusqu’à s’opposer à sa hiérarchie et à la Kenpentaï, la police militaire japonaise. Il sera puni, violenté et envoyé à l’armée.

Le chemin vers l’éternité

Devenu militaire, Kaji s’entraine tout en continuant son travail d’opposition. L’armée japonaise est comme toutes les armées ou presque : insultes, violences, brimades, châtiments corporels, les soldats ne sont pas considérés comme des humains mais comme des ressources, menant l’un des soldats de l’unité de Kaji au suicide. Alors que Kaji et ses soldats sont envoyés au front pour creuser des tranchées, l’offensive russe commence et la plupart des soldats ne survivent pas à l’avancée des chars russes.

La prière du soldat

C’est maintenant la déroute. il n’y a presque aucun survivant, Kaji trahit ses idéaux en tuant à coup de baïonnette un soldat russe, il ne lui reste plus qu’à fuir avec deux autres soldats japonais. la traversée d’une forêt où ils retrouvent un groupe de civils japonais fuyant aussi se révèle éprouvante, la plupart des civils mourant en chemin, et ils finissent par rejoindre un village peuplée de femmes et de vieillards, sous occupation russe. Fait prisonnier, Kaji découvre que le pays du socialisme ne traite pas beaucoup mieux des prisonniers et, trahi par un interprète qui déforme ses propos, il passe pour un « samouraï fasciste » aux yeux des officiers russes. Il décide alors de s’évader dans l’espoir de rejoindre sa femme en Mandchourie.

Si chaque film présente une facette différente de l’occupation japonaise en Chine (l’exploitation, la guerre, la déroute), ils sont tous les trois aussi durs qu’intéressant. Kobayashi ne fait pas dans la dentelle et présente le Japon sous son jour le plus noir : la mine où les chinois sont traités comme des esclaves jusqu’aux exécutions sommaires ; l’armée où les officiers abusent de violence contre les soldats, où la défaite est inimaginable ; les civils et leur mesquineries alors qu’ils ont déjà tout perdu. Le réalisateur filme tout cela sans filtre, jusqu’à son personnage principal, aussi naïf que borné, qui prend souvent les mauvaises décisions et qui traite sa femme à peine mieux que ses subalternes. Les seuls personnages qui semblent d’ailleurs mieux s’en sortir humainement sont des personnages féminins : Michiko, la prostituée du groupe de civil et les femmes du village sous contrôle russe.

Wikipedia nous dit que les films ont déclenché quelques polémiques à leur sortie : cette trilogie ressemble en effet aux derniers clous plantés dans le cercueil de l’impérialisme japonais. Ce sont des films bruts, directs et essentiels pour comprendre ce qu’il s’est passé à ce moment dans cette partie du monde.

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The Christophers, Steven Soderbergh

Julian Skar est un vieux peintre qui n’a plus rien produit depuis 30 ans. The Christophers, du nom de son amant-modèle de l’époque, est sa dernière série de toiles inachevées, stockées dans le dernier étage de sa maison. Ses enfants (qu’il déteste) n’ont qu’une envie : vendre ses tableaux pour gagner beaucoup d’argent. Mais il faudrait qu’ils soient terminés ! Alors ils embauchent Lori Butler, une peintre fauchée mais douée, officiellement comme assistante de leur père, officieusement pour terminer les œuvres à la place de Julian..

Après un film de maison hantée (Presence, pas terrible) et un d’espionnage (The Insider, remarquable) l’année dernière, Soderbergh revient avec une comédie anglaise, pourtant scénarisé par un américain, Ed Solomon (qui fut le gendre de John Cleese, ceci explique peut-être le côté très anglais du film).

L’histoire est simple et classique : un vieil homme blanc cynique et réac face à une jeune femme noire, les deux sont manipulés par des descendants avides ; la situation se retourne et tel est pris qui croyait prendre. Tout tient alors dans le jeu du couple d’acteurs : Ian McKellen fait le vieux bougon cynique et esseulé avec un talent incroyable tandis que Michaela Coel lui fait face dans un jeu tout en retenue. Les deux fonctionnent ensemble parfaitement, alternant scènes fortes et moments plus intimes où leur fragilités apparaissent. On se régale alors de leur duo alimenté par des dialogues particulièrement réussis, se moquant en chemin du marché de l’art contemporain et de la télé-réalité. Plus proche du théâtre filmé que du cinéma (la quasi-totalité du film se passe dans la maison du peintre), The Christophers n’est certes pas le meilleur film de Soderbergh mais on y passe un très bon moment et on y rit beaucoup grâce à un formidable jeu d’acteurs. C’est déjà beaucoup.

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Le garçon qui faisait danser les collines, Georgi M. Unkovski

Ahmet, 15 ans, est retiré de l’école par son père pour s’occuper des moutons. Il vit dans la campagne macédonienne avec son père et son petit frère, muet depuis que leur mère est morte. C’est une vie rustre dans un territoire à peine mécanisé, où l’arrivée d’Internet et des smartphones provoque des bouleversements. Lorsque la jolie fille des voisins revient d’Allemagne pour se marier, Ahmet s »improvise DJ pour se rapprocher d’elle.

C’est certainement le premier film macédonien que je vois et s’il n’est pas vraiment original, c’est une belle réussite. Les thèmes sont classiques : passage à l’âge adulte, premier amour, deuil, mariage forcé, modernité contre tradition… on est pas vraiment surpris par le scénario. Mais cela n’empêche pas le film de briller grâce à ses acteurs impeccables, à des scènes mémorables (les moutons dans la rave party ou la scène de danse dans la fête du village) et un humour léger et régulier renforçant le côté feel-good du film. Tout est bien qui finit bien et à défaut d’une vraie tension dramatique on ressort rempli de joie et de musique de la séance. On regrettera juste le titre français bien niais.

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Un jour avec mon père, Akinola Davies

Akinola et Olaremi, deux frères de 11 et 8 ans, vont exceptionnellement passer une journée avec leur père. Celui-ci travaille à Lagos et ne peut revenir que rarement au village où habitent sa femme et ses enfants. C’est une journée spéciale que vont vivre les deux enfants, car ils seront avec leur père dans cette ville immense où ils ne vont pas d’habitude, mais aussi parce que c’est le jour où le résultat de l’élection présidentielle va être proclamé. Nous somme au Nigeria en 1993, c’est la première élection de ce type depuis 1983 et le coup d’état militaire. Moshood Abiola du parti social-démocrate est le favori ; le père des enfants en est un grand supporter mais dans Lagos les militaires patrouillent et rien ne dit qu’ils vont accepter le résultat.

Film semi-biographique (Akinola Davies et Wale Davies, son frère et co-scénariste, ont perdu leur père très jeunes) est autant intime que politique. Intime car il traite avant tout de la relation de ces deux frères avec leur père qu’ils connaissent peu et dont ils vont découvrir la vie (et sa face négative) pendant cette journée, politique par le contexte que l’on aperçoit d’abord en fond et qui finit par occuper tout l’écran. Le film, d’abord rempli d’étonnement et de joie, s’assombrit avec l’arrivée de la nuit et du coup d’état. On pourrait lui reprocher un manque de finesse dans l’évocation de la situation politique, mais c’est largement compensé par l’émotion qui se dégage de la relation familiale, notamment grâce aux deux frères (aussi bien à l’écran que dans la vie), à leurs expressions et à la relation à la fois proche et distante qu’ils ont avec leur père. Le tout est accompagné d’une bande-son formidable, remplie de rythme et de tension. Un jour avec mon père m’a beaucoup fait penser à Aftersun, ce film de vacances d’un père et de sa fille, ce dernier moment de joie avant le drame inéluctable.

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l’œuvre invisible, Vladimir Rodionov et Avril Tembouret

Avril Tembouret, suite à une discussion avec Jean Rochefort, part à la recherche de l’œuvre d’Alexandre Trannoy. Ce cinéaste des années 60/70 a tenté de réaliser plusieurs films mais aucun n’est parvenu jusqu’à la projection publique. Son premier court-métrage a brulé dans l’accident de voiture qui l’emmenait à sa projection au festival de Cannes et ses oeuvres suivantes ont toutes connues mauvaises fortunes : annulation suite à dépassement de budget, disparition du producteur, destruction des rushes…

Puisqu’il ne reste à peu près rien de Trannoy en dehors de quelques photos (et d’une apparition dans une scène de La Strada de Fellini !), le documentaire fait la part belle aux témoignages de ceux qui l’ont connu : Jean Rochefort évidemment dont il était un ami proche, Jean-Claude Carrière qui a tenté d’écrire le scénario d’un film de Trannoy dans des conditions assez absurdes (Trannoy tournait pendant la journée et Carrière, enfermé dans sa chambre d’hôtel, tentait de bâtir une histoire à partir de ces images), Claude Lellouch qui fut le premier assistant de Trannoy, Anouck Aimée et Jacques Perrin qui ont joué dans ses films, mais aussi Michel Boujut le critique de cinéma qui possède une interview de Trannoy ou Robert Ackerman qui produisit (ou tenta de produire) un film de Trannoy avec Marlene Dietrich dans le rôle principal (!).

Plus le documentaire avance et plus tout cela semble incroyable. On se dit qu’il s’agit d’un énorme canular, que les témoins invoqués sont dans le coup (l’interview d’ackerman est certainement l’apogée de cette blague), on se dit qu’il n’est pas possible qu’un tel personnage ait vraiment existé tellement ses faits et méfaits sont énormes, jusqu’à sa disparition mystérieuse en 1980. Et pourtant, une recherche rapide sur internet fait apparaitre sa fiche IMDB, on peut même trouver des photos d’un film avec Alain Delon sur le bon coin

Avril Tembouret se met en scène et son documentaire semble lui aussi atteint du syndrome Trannoy : tourné au début des années 2010, manquant de budget pour le terminer, il ne sort que cette année, nous permettant ainsi de revoir Jean Rochefort, sa distinction et son humour mêlant premier et second degré.

On ne peut alors que remercier Tembouret de nous faire connaître ce personnage démesuré (et je ne vous raconte pas l’anecdote finale sur un tournage au château de Fontainebleau) et on se réjouit que le cinéma puisse encore nous raconter une telle histoire.

L’œuvre invisible est très peu distribué, mais vraiment, ne ratez pas cet incroyable documentaire.

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La Corde au cou, Gus Van Sant

Tony Kiritsis, un américain de la classe moyenne ruiné par un emprunt, prend en otage Richard Hall, le directeur de la société d’emprunt. il accroche un fusil à sa tête avec un fil de fer et conduit Richard chez lui, où il demande comme rançon le remboursement de la somme qu’il aurait dû gagner, des excuses publiques et l’immunité.

La Corde au cou commence par le célèbre « D’après une histoire vraie ». C’est en fait plus que cela : Gus Van Sant a travaillé avec les deux réalisateurs d’un documentaire sur la prise d’otage réalisée par Tony Kiritsis, a repris les images de TV de l’époque pour les retourner et a comblé les trous entre ces images. Les noms, les situations, les dialogues sont repris tels quels. En sort un film à la limite du reportage : les personnages sont maladroits et incohérents comme dans la vraie vie, les flics naviguent à vue, aucun héros n’est là pour intervenir, pas de dirty harry ou de justicier avec une cape. Et comme dans toute prise d’otage qui s’éternise (elle a duré 3 jours), on s’ennuie un peu en attendant le dénouement, une scène assez incroyable où personne ne maitrise vraiment la situation, où on craint le pire mais où il n’arrive pas. Pour ajouter à l’effet de réel, Van Sant entrecoupe le film de séquence TV filmées comme à l’époque et diffuse à la fin les vraies images tournées en 1977.

Mais ce qui pourrait n’être qu’une reconstitution minutieuse prend aussi une dimension sociale en prise avec l’actualité récente. Kiritsis qui s’attaque à la société qui l’a ruiné résonne avec l’assassinat en décembre 2024 de Brian Thompson, le directeur d’Unitedhealthcare, par Luigi Mangione. Dans les deux cas c’est un homme seul qui s’en prend à un représentant du capitalisme, et les 50 années d’écart montrent que les problèmes du système américain conduisent à des solutions extrêmes, faute de débouchés autre. Et même si Kiritsis est montré mentalement instable dans le film (Bill Skargärd est formidable dans le rôle, comme le reste de la distribution), on ne peut qu’éprouver de la sympathie pour lui. Enfin soulignons la formidable bande son du film allant de Barry White à Gil Scott-Heron en passant par Yes.

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Projet dernière chance, Phil Lord et Christopher Miller

Au cas où vous ayez raté la bande-annonce qui spoile le principal twist du film, un résumé du début garanti sans gâchis : Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord.

Adaptation du roman d’Andy Weir, Projet Dernière chance a tout du blockbuster réussi : tout tourne autour de Ryan Gosling, de son vaisseau spatial et de sa mission (sauver le monde, évidemment). Gosling oblige, le personnage, malgré ses défauts, est plus sympathique que dans le roman et incarne un mélange de naïveté, de complexe de l’imposteur et de gentillesse. Le film joue la carte de l’humour gentil et de l’optimisme, un mélange plutôt rafraîchissant à l’époque des films de super-héros cyniques et des dystopies. Suivant de près la trame du roman, en réduisant juste les parties les plus scientifiques, le film prend régulièrement de nouvelles directions qui ne manqueront pas de surprendre les personnes n’ayant pas lu le roman. Le résultat est certes un peu long (plus de 2h30), mais l’alternance des scènes d’action et de celles plus intimistes évite l’ennui. On appréciera la bande-son, évitant toute musique pompeuse à la hans Zimmer et utilisant intelligemment le silence et on notera les nombreuses références à d’autres films de SF (2001, rencontre du 3e type et quelques autres).
On appréciera aussi la présence de Sandra Hüller dans un rôle très différent de ses précédentes prestations (la supposée meurtrière d’Anatomie d’une chute et l’épouse de Rudolf Höss, le commandant d’Auchwitz dans La Zone d’intérêt).
Projet dernière chance n’est pas un chef-d’œuvre et nécessite (tout comme le roman) de suspendre bien fortement son incrédulité, mais c’est un film agréable, optimiste et sans méchanceté qui permet de passer un bon moment. C’est déjà beaucoup pour un blockbuster.

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Aucun autre choix, Park Chan-Wook

Yoo Man-soo est un homme heureux: une belle maison, une femme, deux enfants et deux chiens avec qui tout se passe bien. Jusqu’à son licenciement expéditif lorsque la papeterie où il travaille est reprise par des américains. Après plusieurs mois de chômage et les dettes qui s’accumulent, il voit enfin un poste qui lui conviendrait dans une autre fabrique de papier, mais d’autres candidats sont mieux placés. Il ne lui reste plus qu’à trouver une méthode originale pour obtenir le poste convoité.

Aucun autre choix, c’est d’abord le roman Le Couperet de Donald Westlake paru en 1997. Un roman noir au ton dramatique sur un homme désespéré qui ne lésine sur aucun moyen pour retrouver un travail. Le roman a été adapté au cinéma par Costa-Gavras en 2005 sous le même titre avec José Garcia dans la rôle du chômeur-tueur. Park chan-Wook dédicace son film à Costa-Gavars, c’est donc certainement via le biais de cette première adaptation que le réalisateur coréen a connu cette histoire.

A l’opposé de la noirceur du roman, Park fait d’Aucun autre choix une comédie : Yoo est homme maladroit qui ne sait pas vraiment comment s’y prendre pour éliminer ses concurrents; il est horrifié par ce qu’il fait et a du mal à passer à l’acte. En résulte nombre de situations particulièrement drôles et on rit beaucoup, même dans certaines scènes atroces. Le réalisateur n’en oublie pas pour autant le contenu social du texte, mettant en scène ces licenciements brutaux, la froideur des nouveaux patrons ou les conséquences des évolutions technologiques (la scène finale dans l’usine vide est remarquable). Soutenu par des acteurs et actrices remarquables (Lee Byung-hun est parfait dans le rôle de ce chômeur), Aucun autre choix est une comédie sociale totalement réussie.

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Orwell 2 + 2 = 5, Raoul Peck

Documentaire sur George Orwell et surtout sur sa pensée politique, le film est constitué essentiellement de citations de l’œuvre de l’écrivain, de ses romans aussi bien que de ses lettres à destination de son éditeur ou de ses amis, citations superposées à des séquences d’actualités de diverses périodes, depuis les bombardements de Londres ou de Berlin des deux guerres mondiales jusqu’aux discours les plus récents de Trump ou d’autres personnages peu recommandables. On perçoit ainsi à quel point les sujets abordés par Orwell sur le pouvoir ou des médias sont toujours d’une pertinence et d’une lucidité impressionnantes. Orwell est sans aucun doute l’écrivain qui a su le mieux comprendre et retranscrire la puissance et l’horreur du capitalisme, de l’impérialisme et des systèmes autoritaires en général. Dès les années 30, il se prononçait pour un socialisme à visage humain, en opposition à la dictature stalinienne et évidemment au fascisme. Alors qu’Orwell est aujourd’hui récupéré par un peu n’importe qui (dont des gens qu’il aurait détesté et qui l’auraient honni de son vivant), le documentaire rend parfaitement sa pensée, aidé par un montage d’une efficacité redoutable.

Deux critiques légères cependant : malgré ses deux heures, le documentaire passe un peu rapidement sur certains moments de la vie d’Orwell, notamment sa participation à la guerre d’Espagne qui ne doit pas être très claire pour qui ne connait pas ce qu’il s’est passé à l’époque ; il aurait certainement fallu quatre heures pour mieux détailler sa vie ! Et l’utilisation fausse de la novlangue que le documentaire fait passer pour l’euphémisation des horreurs, alors que la novlangue consiste à réduire et appauvrir le vocabulaire pour appauvrir la pensée.
Mais ce sont deux critiques mineures qui n’enlèvent rien à la démonstration implacable que fait ce documentaire : plus que jamais la pensée politique de George Orwell est utile pour comprendre le monde. Merci Raoul Peck et allez voir ce documentaire !

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