The Mastermind, Kelly Reichardt

Un ancien étudiant en art organise ce qu’il pense être un gros coup : dérober quatre tableaux au musée d’art de sa ville. Le cambriolage se passe bien mais la suite va vous étonner.

Quatrième film de Kelly Reichardt que je vois et à chaque fois un thème totalement différent : des portraits de femmes dans une petite ville du Montana (Certain Women), un western avec un couple masculin (First Cow), quelques jours de la vie d’une artiste avant son exposition (Showing Up) et enfin ce vol de tableau réalisé par un loser magnifique. Mais tous ces films ont deux points communs : ils sont centrés sur les personnages et sont filmés avec lenteur. Kelly Reichardt (également scénariste de tous ses films et monteuse d’une partie) prend le temps de nous faire connaître les gens qu’elle filme, des gens ordinaires qui essayent juste de s’en tirer le moins mal possible.

Dans The Mastermind, James a tout pour avoir une bonne vie : il est issu d’un milieu aisé, a fait des études d’art, sa vie de famille qui semble rouler tranquillement. Mais il est juste câblé de travers et quand il décide de voler des tableaux plutôt que d’avoir un travail honnête, tout ce qu’il fait se passe mal et il agit sans penser aux conséquences sur lui-même et surtout sur ces proches. Tout cela suffirait à faire un bon film, mais tout autant que l’histoire de James, c’est le contexte historique que mets en valeur la cinéaste : cette Amérique où Nixon est président, fracturée en deux par la guerre du Vietnam, habitée par les jeunes qui y vont ou qui manifestent contre, par les vieux qui ne comprennent pas ce qu’il se passe et traitent de lâches ceux qui s’opposent à la guerre. Reichardt nous montre cette histoire subtilement, d’abord en fond, puis le fait rejoindre l’intrigue dans une scène finale inattendue et rejoignant la vie absurde de James. Servi par la prestation impeccable de Josh O’Connor, The mastermind est un film brillant d’un bout à l’autre.

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Hamnet, Chloé Zhao

J’étais curieux de cette adaptation du livre de Maggie O’Farrell que j’avais énormément aimé. Réalisé par Chloé Zhao, dont j’avais vu et apprécié Nomadland, avec Paul Mescal dans le rôle de William Shakespeare, c’était prometteur même si j’avais un doute sur le rendu de la finesse du roman à l’écran. Et effectivement, le film est beaucoup plus superficiel que le livre.

Si l’histoire est globalement bien rendue (la rencontre de Shakespeare avec sa femme Agnès, la naissance de leurs enfants, la mort de leur fils Hamnet de la peste, l’utilisation de cette mort dans la création de la pièce de théâtre), c’est dans la disparition des ambiguïtés du personnage de Shakespeare que le film révèle sa faiblesse : il est l’archétype du créateur génial, faisant passer ses émotions dans sa création, devant laquelle sa femme ne peut que le comprendre. Le film devient alors une machine propre génératrice d’émotions, ce qu’il fait très bien ; on ne peut rester insensible aux deux passages très forts que sont la mort d’Hamnet et sa résurrection virtuelle sur la scène du théâtre (Mescal a d’ailleurs un petit air christique pendant une bonne partie du film).

Après une première demi-heure un peu poussive, le film marche bien, très bien, diffusant cette image propre du mythe de la création; on aurait juste aimé qu’il gagne en profondeur en créant des personnages un peu moins lisses.

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Comment Nicole a tout pété, Frédéric Ferrer, théâtre du rond-point

Simulation d’un débat se tenant dans la salle des fêtes d’un village du centre de la France concernant l’installation d’une mine de Lithium, Comment Nicole a tout pété est de démonter le discours dominant sur la transition énergétique qui va sauver le monde et l’indépendance vis-à-vis de la production de terres rares. A base de powerpoint hideux (si vous avez travaillé dans une grande entreprise vous avez subi cela), de discours moralisateur et de dissimulation des conséquences négatives, ce débat fictif ressemble à s’y méprendre à un vrai, à cela près qu’on voit l’animateur prendre conscience petit à petit des problèmes du projet.
Frédéric Ferrer, directeur de la compagnie théâtrale est agrégé de géographie : il sait donc un peu de quoi il parle et derrière la parodie les faits mentionnés s’appuient sur la réalité. Le trait est évidemment forcé et on rit énormément pendant le spectacle, mais cela n’empêche pas de prendre au sérieux son contenu. Les séances parisiennes sont complètes mais d’autres dates sont prévues un peu partout.

photo théâtre du rond-point.

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Le Maître du kabuki, Sang-il Lee

Nagasaki, 1964 – A la mort de son père, chef d’un gang de yakuzas, Kikuo, 14 ans, est confié à un célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke, le fils unique de ce dernier, il décide de se consacrer à ce théâtre traditionnel. Le film suit l’amitié puis la concurrence entre Kikuo et Shunsuke sur plusieurs décennies, chacun connaissant la gloire et la chute.

Disons le tout de suite : le scénario est terriblement classique. Les frères ennemis, qui se fâchent, se jalousent puis se réconcilient, on est guère surpris par les rebondissements. Ce n’est pas grave, nous ne sommes pas vraiment là pour cela, mais plutôt pour voir la relation de ces deux personnages au Kabuki, cette discipline théâtrale japonaise créée au 17e siècle, où les acteurs au jeu spectaculaire sont grimés et où les personnages féminins sont interprétés par des hommes. Et là, nous sommes gâtés : les scènes de théâtre sont nombreuses et particulièrement réussies. Des sous-titres nous présentent l’intrigue des pièces nous permettant à nous, occidentaux ignares, de comprendre ce qu’il se passe. Les deux principaux acteurs, Ryo Yoshizawa et Ryusei Yokohama, se sont entrainés pendant un an et demi et leur performance est impressionnante. Le premier montage du film durait plus de quatre heures et si le réalisateur dit avoir eu du mal à descendre en dessous de trois heures, cela se sent uniquement par la densité de ces trois heures : aucun temps mort, on est capté par le film d’un bout à l’autre sans voir le temps passer. Le Maître du Kabuki est une formidable introduction au kabuki, visuellement superbe et remarquablement interprété. Précipitez-vous, on ne peut que regretter qu’il passe dans aussi peu de salles françaises.

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Le Studio photo de Nankin, Ao Shen

Commençons par un peu de contexte : en 1931, le Japon organise un attentat sur une ligne de train chinoise appartenant à une compagnie japonaise pour avoir un prétexte d’invasion de la Mandchourie.
6 ans plus tard, l’empereur Hiro-Hito autorise l’armée japonaise à envahir le reste du pays. Nankin, à 300 km de Shanghai, est devenue la capitale de la république de Chine gouvernée par Tchang Kaï-chek, le dirigeant nationaliste opposé au parti communiste de Mao Zedong. En décembre 1937 les troupes japonaises arrivent à Nankin et se livrent à l’horreur : des centaines de milliers de civils tués de multiples manières, des femmes de tous âges violées, une ville massivement détruite.

Ce sont ces massacres (les chinois estiment à 300000 le nombre de victimes, les japonais au mieux à 200000 quand ils ne tombent pas dans le négationnisme complet) que le Studio Photo de Nankin nous montre à travers l’histoire d’un jeune postier se faisant passer pour un employé d’un studio photo qui assiste un photographe officiel japonais afin d’échapper à la mort. Il détournera les négatifs de ces photos afin que le monde prenne connaissance de ce qu’il se passe réellement.

Sélection officielle de la Chine pour les Oscars, le film est clairement un outil de propagande. Le Japon, presque 80 ans après ces massacres, a encore beaucoup de mal à reconnaitre ce qu’il s’est passé et les divers gouvernements japonais ont au mieux distillé au compte-gouttes de légères excuses. Le film ne fait pas dans le détail et nous montre les diverses manières dont les chinois ont été tués lors de l’invasion. Si les japonais se comportent à peu près tous de manière effroyable (on a juste quelques soldats au début qui tremblent quand on leur demande de fusiller des civils), les chinois sont au contraire exemplaires : même celui qui collabore avec les occupants meurt finalement en héros. Quant à la scène patriotique à la gloire de la Chine Éternelle, où le photographe fait défiler des fresques de monuments chinois devant sa famille émue par la beauté millénaire de leur patrie, elle vaut largement les levées de drapeaux des pires blockbusters hollywoodiens.

Malgré tout, le film est globalement réussi : les moyens ont été mis dans la reconstitution de la ville assiégée et envahie, les acteurs tiennent leur rôle et la réalisation est efficace à défaut d’être remarquable. Et (malheureusement) le récit colle à l’histoire réelle : cette horreur a vraiment eu lieu et le film reste assez sobre dans sa mise en image et, malgré son côté propagandiste, permet de relater des événements assez peu connus en occident.

Pour l’anecdote, si les personnages du film sont imaginaires, il y a bien eu un studio photo à Nankin dont les employés ont détournés les négatifs pour témoigner des exactions nippones après la guerre.
Et deuxième anecdote : c’est un dirigeant nazi, John Rabe, gérant la partie internationale de Nankin non envahie par les japonais qui, horrifié par ce qu’il se passait, a sauvé la vie de plus de 200000 chinois en leur permettant d’accéder à cette zone.

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Le Temps des moissons, Huo Meng

Chronique en partie autobiographique , le Temps des moissons nous montre la vie d’un village chinois en 1991, village pas encore touché par la modernisation à marche forcée du pays lancée par le régime de Deng Xiaoping. Ici, tous les travaux agricoles sont encore effectués à la main et le premier tracteur, un engin primitif et qui a bien du mal à manœuvrer dans la boue, vient juste d’arriver. Les informations sont diffusées par le parti via des haut-parleurs installés dans le village, le contrôle des naissances est strict mais les villageois trouvent des moyens pour contourner la loi et avoir plusieurs enfants. C’est la Chine pauvre, peu équipée et sous la coupe d’un parti autoritaire qui nous est montré par Huo Meng, ce qui a valu au film une interdiction dans son pays.

Mais c’est avant tout un très beau film, rempli d’humanité, mêlant les générations, marqués par les enfants et les morts : un enterrement rempli de joie et une foule nombreuse au début, une crémation dans un lieu froid et désert à la fin marquent ainsi symboliquement le passage du temps et l’évolution de cette société.

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Top 8 cinéma 2025

Sur une quarantaine de films vus l’année dernière, peu d’œuvres vraiment marquantes. J’ai l’impression de ne pas être le seul à avoir cette impression. Le début 2026 est prometteur, on verra si l’année sera meilleure. Je les ai presque tous chroniqué sur le blog, donc suivez les liens, je ne vais pas en dire beaucoup ici 🙂

Valeur Sentimentale, Joachim Trier
Certainement mon film préféré, grâce à des actrices lumineuses et à une mise en scène parfaite.

Soundtrack to a coup d’état, Johan Grimonprez
Mélange de jazz et de politique, un film vraiment important pour la mémoire, avec un montage formidable. Le documentaire de l’année.

Une bataille après l’autre, Paul Thomas Anderson
Un film politique réussi, une photo superbe, des acteurs et actrices bien dirigés, que dire de plus ?

Prima la vita, Francesca Comencini
Une ode au cinéma italien, un message d’amour d’une fille à son père.

September & July, Ariane Labed
Du fantastique un peu horrifique, tiré du livre Sœurs de Daisy Johnson. Un film sur l’adolescence, sur la famille, mais aussi sur la perte et la résilience, admirablement servi par des actrices formidables.

Bird, Andrea Arnold

Je ne l’avais pas chroniqué, mais cet excellent film dans le sous-prolétariat anglais, sur les laissés pour compte du capitalisme bascule dans le fantastique sans crier gare.

Black Dog, Guan Hu

Toujours les laissés pour compte du système, cette fois en Chine, au bord du désert de Gobi, hanté par les chiens errants.

Kneecap, Rich Peppiatt

L’histoire hilarante et très politique du groupe de rap Nord irlandais.



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Top 12 lecture 2025

Un peu plus d’une centaine de livres lus, moins d’une dizaine en VO, et un constat clair : ce n’est pas une bonne année pour la science-fiction dont les titres qui m’ont marqué doivent se compter sur les doigts d’une main. En conséquence c’est une sélection beaucoup plus éclectique. Je vous donne ça dans l’ordre alphabétique.

Les bons voisins, Nina Allan
J’avais lu ce livre en VO à sa sortie en 2021, mais l’écriture de Nina allan est tellement riche que je l’ai relu en VF cettte année. Ce n’est pas mon livre préféré de l’autrice (le créateur de poupées est pour moi son chef-d’œuvre) mais cette histoire mystérieuse de meurtre familial est malgré tout une grande réussite, et le livre mérite amplement le succès et les éloges qu’il reçoit depuis sa parution chez les excellentes éditions Tristram.

Aatea, Anouck Faure
Un monde aquatique, des îles vivantes, des pirates : on plonge vite dans ce roman d’aventures aux cotés d’Aatea et de son bateau, on se laisse emporter par les courant d’un bout à l’autre, on est émerveillé par ce nouveau monde. Ça ne m’étonnerait pas que ce beau roman obtienne le grand prix de l’imaginaire l’année prochaine.

Les terres indomptées, Lauren Groff
Lauren Groff nous livre ici, par le biais d’un retour à la nature, un sublime récit de libération d’une femme (je pique la conclusion de ma critique). Groff lutte à sa manière, par ses livres et par sa librairie située en Floride où elle vend les livres censurées dans les bibliothèques publiques de l’état, contre la chape réactionnaire qui s’étend sur les États-Unis. Lisez ses livres, ils sont formidables.

Soeurs, Daisy Johnson
Le fantastique sombre de ce roman a été adapté au cinéma sous le titre July & September. Deux soeurs, exilées dans un village de bord de mer suite à un événement dramatique. Aussi bien le film que le livre sont très forts, je vous laisse le choix du média.

Incandescentes, Hannah Kent
Au milieu du 19e siècle, des luthériens radicaux allemands émigrent vers l’Australie pour pouvoir pratiquer tranquillement leur religion. Un récit historique qui bascule d’un coup dans le fantastique, un récit familial dans un territoire en cours de colonisation.

Yellowface, R.F. Kuang
Changement radical de ton après l’excellente fantasy de Babel : Yellowface est un récit grinçant sur le milieu éditorial américain. On rit beaucoup dans cette farce mêlant appropriation culturelle et cynisme commercial.

Searoad, UK Le guin
Dernier inédit de l’autrice américaine, Searoad nous raconte, par le biais de douze nouvelles, la vie de femmes d’une petite ville de l’Oregon sur une période de 150 ans. Ai-je besoin de vous dire que c’est très bien ?

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee
Sud des États-Unis, années trente, un homme est accusé de viol sans preuve. Cet homme est noir, la femme est blanche, donc la justice va être expéditive. C’est raconté par une enfant dont le père, avocat, va s’occuper de la défense de l’accusé, même s’il sait que la cause est désespérée. Certainement le livre qui m’a le plus touché cette année, on ne peut qu’être au bord des larmes dans certains passages.

Tovaangar, Céline Minard
Un post-apo joyeux dans un Los Angeles redevenu un espace naturel et vivant. De l’émerveillement à chaque page.

Le Château d’Otrante, Howard Walpole
Petite plongée dans les œuvres fondatrices du roman gothique cet été : le Moine de Matthew Lewis, Les Mystères du château d’Udolphe d’Ann Radcliffe et le château d’Otrante. Des romans qui s’ils portent tous les marques du gothique sont totalement dissemblables par ailleurs.
Otrante, c’est un peu le gothique version Monty Python : de l’absurde, du comique de situation, des personnages haut en couleur, ce roman n’a pas pris une ride.

Du bout des doigts, Sarah Waters
En 1862, une jeune orpheline est recrutée par un escroc pour détourner la fortune d’une jeun héritière. Roman à suspense mêlant escroqueries, trahisons, érotisme et relation lesbienne, Du bout des doigts est le genre de livre qui vous happe et qu’on lit d’une traite ou presque (750 pages en poche quand même). Il a été brillamment adapté au cinéma par un réalisateur coréen qui l’a relocalisé, mais si je vous dis le titre cela risque de vous spoiler la lecture…

Vers ma fin, Sophie White
Un roman d’horreur psychologique avec des relations familiales étranges sur une petite île. Premier titre de la nouvelle collection d’horreur Styx, c’est une lecture âpre remplie de scènes marquantes.



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Nouvelle vague, Richard Linklater.

En 1959, Jean-Luc Godard est critique aux cahiers du cinéma aux côtés, entre autres, de Truffaut, Rivette ou Rohmer. Il n’a pour l’instant réalisé qu’un court métrage et obtient de Jean de Beauregard de produire son premier film, « A bout de film », adapté d’un fait divers que lui a proposé Truffaut. Avec dans les rôles principaux le jeune Belmondo et Jean Seberg, actrice américaine et star montante, le tournage de 20 jours se déroule dans des conditions improbables : Godard ne suit aucun script et improvise chaque matin les scènes, les dialogues ne sont pas enregistrés mais doublés par la suite, décide parfois d’annuler le tournage du jour au dernier moment.

Nouvelle vague est présenté comme « l’histoire de Godard tournant « À bout de souffle », racontée dans le style et l’esprit de Godard tournant « À bout de souffle » ». On pourrait penser que c’est un film de cinéphile pour cinéphiles, que cela risque d’être un pensum impénétrable sur un cinéma qui a pu l’être par moment, mais il n’en est rien !

Linklater a rusé : il a détourné une machine temporelle et est retourné en 1959 pour réaliser un documentaire. Tout dans Nouvelle Vague sonne vrai : l’utilisation du noir & blanc bien sûr, les décors, l’ambiance, les acteurs et actrices (on reconnait du premier coup d’œil Belmondo, Seberg, Godard, Truffaut, Chabrol… On ne voit pas un film sur un tournage, on est projeté sur le tournage du film et on y assiste en direct. Le casting composé d’acteurs inconnus (en tout cas de moi) donne un effet de réel absolument saisissant. Linklater a été accompagné pour le scénario et le tournage par Michèle Halberstadt qui a travaillé avec Godard et dont on peut lire une interview à propos de Nouvelle vague sur le site du CNC.

Enfin le film est extrêmement drôle : la façon de tourner de Godard est nouvelle et désarçonne tout le monde : aussi bien les acteurs que l’équipe technique, et on rit avec eux à de multiples reprises. On a une seule envie en ressortant de la salle : voir ou revoir A bout de souffle pour le confronter à ce qu’on vient de voir. Merci Richard Linklater pour cette merveille.

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On Falling, Laura Carreira

Aurora, jeune portugaise immigrée en Écosse, travaille comme préparatrice de commande dans un entrepôt. Elle vit en coloc avec d’autres immigré·es et a peu d’activités en dehors de son travail.

Premier film de Laura Carreira, réalisatrice portugaise, On Falling est produit par Sixteen Films, la société de Ken Loach. On est donc guère surpris par le contenu social de l’œuvre, qui s’intéresse aussi bien à l’aliénation de ce travail qu’aux conséquences de la solitude sur ces travailleurs. Ce travail avec son organisation absurde (« les articles sont dans le désordre, cela transforme le travail en une chasse au trésor » lâche une contremaître), ses réunions de motivation effroyables, ses primes ridicules (« tu es parmi les meilleures cette semaine, viens prendre une barre de chocolat gratuite ! ») et cette vie vécue au travers d’un smartphone pendant le temps de loisir sont parfaitement rendus par une réalisation s’attardant sur l’ennui et la répétition, jusqu’à deux belles scènes finales : un terrible entretien d’embauche où Aurora touche le vide de sa vie, mais aussi une scène de joie collective quand l’entrepôt est touché par une panne et que les salariés se retrouvent pour jouer avec un ballon. Joana Santos est parfaite dans le rôle de cette jeune fille perdue dans sa solitude, mal à l’aise socialement dans ce pays étranger, rêvant juste d’un meilleur travail et de meilleures amitiés.

Sorti il y a tout juste une semaine, On Falling passe injustement dans très peu de salles ; ne passez pas à côté !

(et vous pouvez écouter cet épisode du podcast Une Invention sans avenir qui en parle bien mieux que moi)

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