
Commençons par un peu de contexte : en 1931, le Japon organise un attentat sur une ligne de train chinoise appartenant à une compagnie japonaise pour avoir un prétexte d’invasion de la Mandchourie.
6 ans plus tard, l’empereur Hiro-Hito autorise l’armée japonaise à envahir le reste du pays. Nankin, à 300 km de Shanghai, est devenue la capitale de la république de Chine gouvernée par Tchang Kaï-chek, le dirigeant nationaliste opposé au parti communiste de Mao Zedong. En décembre 1937 les troupes japonaises arrivent à Nankin et se livrent à l’horreur : des centaines de milliers de civils tués de multiples manières, des femmes de tous âges violées, une ville massivement détruite.
Ce sont ces massacres (les chinois estiment à 300000 le nombre de victimes, les japonais au mieux à 200000 quand ils ne tombent pas dans le négationnisme complet) que le Studio Photo de Nankin nous montre à travers l’histoire d’un jeune postier se faisant passer pour un employé d’un studio photo qui assiste un photographe officiel japonais afin d’échapper à la mort. Il détournera les négatifs de ces photos afin que le monde prenne connaissance de ce qu’il se passe réellement.
Sélection officielle de la Chine pour les Oscars, le film est clairement un outil de propagande. Le Japon, presque 80 ans après ces massacres, a encore beaucoup de mal à reconnaitre ce qu’il s’est passé et les divers gouvernements japonais ont au mieux distillé au compte-gouttes de légères excuses. Le film ne fait pas dans le détail et nous montre les diverses manières dont les chinois ont été tués lors de l’invasion. Si les japonais se comportent à peu près tous de manière effroyable (on a juste quelques soldats au début qui tremblent quand on leur demande de fusiller des civils), les chinois sont au contraire exemplaires : même celui qui collabore avec les occupants meurt finalement en héros. Quant à la scène patriotique à la gloire de la Chine Éternelle, où le photographe fait défiler des fresques de monuments chinois devant sa famille émue par la beauté millénaire de leur patrie, elle vaut largement les levées de drapeaux des pires blockbusters hollywoodiens.
Malgré tout, le film est globalement réussi : les moyens ont été mis dans la reconstitution de la ville assiégée et envahie, les acteurs tiennent leur rôle et la réalisation est efficace à défaut d’être remarquable. Et (malheureusement) le récit colle à l’histoire réelle : cette horreur a vraiment eu lieu et le film reste assez sobre dans sa mise en image et, malgré son côté propagandiste, permet de relater des événements assez peu connus en occident.
Pour l’anecdote, si les personnages du film sont imaginaires, il y a bien eu un studio photo à Nankin dont les employés ont détournés les négatifs pour témoigner des exactions nippones après la guerre.
Et deuxième anecdote : c’est un dirigeant nazi, John Rabe, gérant la partie internationale de Nankin non envahie par les japonais qui, horrifié par ce qu’il se passait, a sauvé la vie de plus de 200000 chinois en leur permettant d’accéder à cette zone.