
J’étais curieux de cette adaptation du livre de Maggie O’Farrell que j’avais énormément aimé. Réalisé par Chloé Zhao, dont j’avais vu et apprécié Nomadland, avec Paul Mescal dans le rôle de William Shakespeare, c’était prometteur même si j’avais un doute sur le rendu de la finesse du roman à l’écran. Et effectivement, le film est beaucoup plus superficiel que le livre.
Si l’histoire est globalement bien rendue (la rencontre de Shakespeare avec sa femme Agnès, la naissance de leurs enfants, la mort de leur fils Hamnet de la peste, l’utilisation de cette mort dans la création de la pièce de théâtre), c’est dans la disparition des ambiguïtés du personnage de Shakespeare que le film révèle sa faiblesse : il est l’archétype du créateur génial, faisant passer ses émotions dans sa création, devant laquelle sa femme ne peut que le comprendre. Le film devient alors une machine propre génératrice d’émotions, ce qu’il fait très bien ; on ne peut rester insensible aux deux passages très forts que sont la mort d’Hamnet et sa résurrection virtuelle sur la scène du théâtre (Mescal a d’ailleurs un petit air christique pendant une bonne partie du film).
Après une première demi-heure un peu poussive, le film marche bien, très bien, diffusant cette image propre du mythe de la création; on aurait juste aimé qu’il gagne en profondeur en créant des personnages un peu moins lisses.