l’œuvre invisible, Vladimir Rodionov et Avril Tembouret

Avril Tembouret, suite à une discussion avec Jean Rochefort, part à la recherche de l’œuvre d’Alexandre Trannoy. Ce cinéaste des années 60/70 a tenté de réaliser plusieurs films mais aucun n’est parvenu jusqu’à la projection publique. Son premier court-métrage a brulé dans l’accident de voiture qui l’emmenait à sa projection au festival de Cannes et ses oeuvres suivantes ont toutes connues mauvaises fortunes : annulation suite à dépassement de budget, disparition du producteur, destruction des rushes…

Puisqu’il ne reste à peu près rien de Trannoy en dehors de quelques photos (et d’une apparition dans une scène de La Strada de Fellini !), le documentaire fait la part belle aux témoignages de ceux qui l’ont connu : Jean Rochefort évidemment dont il était un ami proche, Jean-Claude Carrière qui a tenté d’écrire le scénario d’un film de Trannoy dans des conditions assez absurdes (Trannoy tournait pendant la journée et Carrière, enfermé dans sa chambre d’hôtel, tentait de bâtir une histoire à partir de ces images), Claude Lellouch qui fut le premier assistant de Trannoy, Anouck Aimée et Jacques Perrin qui ont joué dans ses films, mais aussi Michel Boujut le critique de cinéma qui possède une interview de Trannoy ou Robert Ackerman qui produisit (ou tenta de produire) un film de Trannoy avec Marlene Dietrich dans le rôle principal (!).

Plus le documentaire avance et plus tout cela semble incroyable. On se dit qu’il s’agit d’un énorme canular, que les témoins invoqués sont dans le coup (l’interview d’ackerman est certainement l’apogée de cette blague), on se dit qu’il n’est pas possible qu’un tel personnage ait vraiment existé tellement ses faits et méfaits sont énormes, jusqu’à sa disparition mystérieuse en 1980. Et pourtant, une recherche rapide sur internet fait apparaitre sa fiche IMDB, on peut même trouver des photos d’un film avec Alain Delon sur le bon coin

Avril Tembouret se met en scène et son documentaire semble lui aussi atteint du syndrome Trannoy : tourné au début des années 2010, manquant de budget pour le terminer, il ne sort que cette année, nous permettant ainsi de revoir Jean Rochefort, sa distinction et son humour mêlant premier et second degré.

On ne peut alors que remercier Tembouret de nous faire connaître ce personnage démesuré (et je ne vous raconte pas l’anecdote finale sur un tournage au château de Fontainebleau) et on se réjouit que le cinéma puisse encore nous raconter une telle histoire.

L’œuvre invisible est très peu distribué, mais vraiment, ne ratez pas cet incroyable documentaire.

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