
Les dissidents, c’est l’histoire vraie du magazine étatsunien satirique The Masses créé par quelques dessinateurs socialistes, anarchistes et surtout pacifistes. En pleine première guerre mondiale, alors que les USA entrent en guerre, le magazine et ses collaborateurs sont visés par des lois interdisant toute critique de la guerre ou de la politique du président Wilson. Ils sont harcelés, poursuivis en justice, emprisonnés, torturés pour certains.
Raconté à la première personne par un dessinateur fictif, Joe Hertle, mais dont on sent qu’il exprime les opinions de Backderf, on (re-)découvre un pays au régime autoritaire, où une énorme milice de plus de 100.000 membres, l’APL, jouaient les gros bras pour le gouvernement, s’en prenant physiquement aux pacifistes et objecteurs de conscience, allant jusqu’à organiser une énorme rafle pendant plusieurs jours à New-York.
Backderf nous remémore ces événements à peu près inconnus en France mais aussi oubliés aux États-Unis, des événements qui résonnent terriblement avec la période actuelle. C’est évidemment un hommage au courage de ces personnes, mais aussi à leur talent : l’album est constellé de reproductions de leurs dessins dont la force est toujours présente.
Après « Kent State – 4 morts dans l’ohio », son précédent album sur la répression dans le sang d’un mouvement étudiant (décidément très connecté à l’actualité française), c’est une autre période effrayante de l’histoire des USA que Backderf met en lumière. Indispensable.